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Ballade de Roland

Roncevaux : 778

Connais-tu la complainte
Du grand Roland ?
Là-bas, entends la plainte
Du cor dolent !
Il suivait Charlemagne,
Fier paladin,
Et battit en Espagne
Le Sarrasin.

Triomphants, Charlemagne
Et ses féaux
Descendaient la montagne
Vers Roncevaux.
Par les ravins sauvages
On défilait ;
Pour garder les passages
Roland veillait.

La triste sonnerie
Jaillit soudain,
Charles s'arrête et crie :
« Ce son lointain ?...
Paladins en arrière,
C'est l'olifant !
Repassons la frontière,
Aide à Roland ! »

Perdue, et par traîtrise
De Ganelon,
Son armée est surprise,
Grâce au félon.
Les instruments sonores
Des mécréants
Ont retenti, les Mores
Vont menaçants.

Ô héros d'épopée,
Brave et féal,
Va, brise ton épée,
Ta Durandal !
Adieu ! Ta douce France !
Par Saint Michel,
Âme, fleur de vaillance,
Volez au ciel !

Du cor mélancolique
L'appel est doux.
Ô phalange héroïque,
Reviendrez-vous ?
Est-ce, Roland, ton âme,
Est-ce ta voix,
Ce cor qui pleure et clame
Au fond des bois ?


Fichier MIDI correspondant à la version ci-dessus : notes balladed.mid (3 Ko).


Je ne vais pas vous réciter la Chanson de Roland. C'est une des premières œuvres en français qui nous soit parvenues. La date exacte de sa composition et l'identité de son auteur sont sujets à controverse : disons qu'elle date d'au moins neuf siècles. Ecrite en vers de dix pieds, elle fait partie de ce que l'on appelle les chansons de geste de gesta en latin : exploits. Elle raconte beaucoup de faits dont notamment cet épisode de Roncevaux.

Charlemagne était passé dans la péninsule ibérique pour contrer des incursions arabes dans la marche d'Espagne (marche : territoire frontalier récemment conquis, de là vient le titre de marquis). Après batailles et victoire il s'en revenait dans son empire. Il avait confié le commandement de son arrière-garde à son neveu Roland. Or, Ganelon, un proche de Charlemagne qui avait de la rancune pour Roland et Charlemagne (la raison de cette rancune est expliquée dans des scènes se déroulant avant l'entrée en Espagne), Ganelon, donc, décida de trahir et alla livrer aux Sarrasins (aux arabes) l'itinéraire de retour des armées de Charlemagne. Ceux-ci n'eurent plus qu'à tendre un piège et attaquèrent l'arrière-garde dans le défilé du col de Roncevaux. Roland sonna de son cor pour appeler à l'aide mais l'armée était déjà trop loin et la petite troupe fut exterminée. Roland se rompit les veines du cou à souffler dans son cor mais il eut quand même la force de briser son épée, Durandal, pour qu'elle ne tombe pas en de mauvaises mains. Il y a une suite, mais pour la connaître vous devrez lire la chanson, dans une traduction moderne, bien évidemment, à moins que vous lisiez couramment le vieux français.

Qui y a-t-il de vrai dans tout cela ? Charlemagne est bien allé combattre en Espagne. En revenant son arrière-garde fut bien attaquée à Roncevaux. Mais c'est tout ! Roland qui a bien existé n'était pas le neveu de Charlemagne, il n'était qu'un vassal parmi d'autres : il était préfet de Bretagne. Il est effectivement mort à Roncevaux mais pas d'une attaque des Sarrasins, plutôt d'une embuscade de montagnards Basques qui se moquaient aussi bien de l'empereur que des arabes. Le reste n'est que roman...


Notes :

Au fait : ballade (2 L), poème, mais balade (ou balader), promenade (1 L).


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Date de la dernière modification de la page : 16 avril 2007.